Portraits

Rencontre avec Marianne Alary, fondatrice et gestionnaire de micro-crèches bilingues

En juillet prochain, le congé paternité sera allongé à un mois au lieu de onze jours. Une avancée historique à marquer d'une pierre blanche, pour l'évolution de la sphère familiale et pour notre société. À l'occasion de ces changements qui s'opèrent, nous avons rencontré Marianne Alary, gestionnaire de micro-crèches et actrice, s'il en est, de cette révolution. 

Comment avez-vous eu l’idée des crèches français-anglais ? 

J'ai travaillé il y a plusieurs années dans une bibliothèque anglophone où j'étais en charge des activités pour les enfants de plus de trois ans. Puis j'ai eu ma fille avec qui je me suis rendue compte que les enfants de moins de trois ans n'avaient pas la même motricité et donc ne pouvaient pas réaliser les mêmes animations. Ensuite, nous avons eu l'occasion de partir en Australie et en Nouvelle Zélande avec mon mari. Notre fille qui n'avait alors que quatre ans, est devenue bilingue en moins de six mois. Elle passait du français à l'anglais et du présent au passé sans aucune gêne.

J'ai eu l'occasion là-bas de travailler dans une "pre-school" puisque les enfants ne vont à l'école qu'à partir de 5 ans. J'ai assisté les enseignants et j'ai pu développer mon expérience. En Nouvelle Zélande j'ai participé à la vie de ce qui est l'équivalent des crèches : un "play center". Ce sont les parents qui gèrent et développent le centre et non pas des professionnels. Ça a été l'occasion pour moi de découvrir de nouvelles pédagogies liées à l'éducation de l'enfant et de nouvelles façons de concevoir l'apprentissage.

Quelles sont les différences majeures entre le système australien ou néo-zélandais et le système français ?

Il existe de nombreux systèmes de garde mais la politique familiale là-bas consiste à considérer que le parent est le meilleur éducateur de l'enfant. Ainsi, beaucoup de mères de famille ne travaillent pas jusqu'aux cinq ans des enfants car les aides étaient encore peu nombreuses il y a quelques années. Contrairement à la France où, l'État, accompagne financièrement les familles, avec la CAF par exemple.

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Comment leur pédagogie vous a inspiré les micro-crèches ?

J'y ai découvert Emmi Pikler et le principe de motricité libre. Ainsi que Magda Gerber qui a créé la méthode RIE (Resources for Infant Educarers). C'est en projetant de quitter la Nouvelle Zélande que l'idée de la crèche bilingue, que l'on nourrissait depuis longtemps, est née. J'ai développé tout le projet pédagogique là-bas et le nom ; Les Petits Kiwis est inspiré de l'oiseau local, le kiwi. En nous installant, mon envie était de savoir de quoi je parlais et d'être capable de comprendre et expliquer notre pédagogie et notre valeur ajoutée. J'ai donc été sur le terrain lors de la première crèche, pendant environ 9 mois. J'ai découvert et appris plein de choses afin d'être légitime. Mais ce qui m'anime par dessus tout est le développement de projet. Aujourd'hui je suis surtout à la gestion des crèches et je cherche toujours à développer de nouvelles idées.

Vous faites-vous aider dans le développement de votre leadership ?

Mon mari est mon associé et je discute beaucoup de la gestion avec lui. Je suis la principale figure de l'entreprise mais nous sommes vraiment une équipe au quotidien. Nous sommes très complémentaires. Nous souhaitons ouvrir une troisième crèche d'ici peu afin de pouvoir vivre pleinement de ces projets. Au début nous avons été très prudents dans la gestion des structures et financièrement nous préférions développer des emplois et consolider les entreprises. Nous étions d'emblée dans l'idée de développer plusieurs structures. Aujourd'hui je suis plutôt fière d'avoir créé un peu moins de dix emplois. Ma légitimité en tant que cheffe d'entreprise commence tout juste à se consolider mais cela m'a pris quatre bonnes années avant de me sentir à ma place. J'ai suivi des formations RH, j'ai été accompagnée par une coach afin de mettre des mots sur mon parcours et me sentir dans mon rôle.

Le 1er juillet prochain, le congé paternité sera rallongé à un mois au lieu de onze jours actuellement, avez-vous vu une évolution ces dernières années dans le rôle des pères ?

J'ai de plus en plus de pères au téléphone qui demandent des conseils sur la crèche, sur le fonctionnement de la structure etc. Le nombre de pères qui gère cette part de la famille a augmenté c'est certain. Les pères sont aussi de plus en plus réticents à laisser leur bébé pour la première fois. Là où les mères sont de plus en plus prêtes, de plus en plus les pères ont aussi leurs peurs et leurs inquiétudes. La tendance s'équilibre de plus en plus et les pères sont de plus en plus présents. La charge mentale masculine est aussi très présente au même titre que la charge mentale féminine. En effet, les hommes ont toujours cette injonction par exemple à ne pas pleurer, à devoir être forts, à rapporter l'argent du foyer etc. Dans le modèle Montessori il y a une grande part des papas qui restent à la maison, qui s'occupent des enfants, qui accompagnent dans les sorties...pendant que les mères retournent travailler. L'évolution arrive doucement dans le modèle traditionnel mais certains modèles sont déjà plutôt très avancés.

Par Bérengère Soyer
Crédits photos Marianne Alary 

 

 

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