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Portraits

Anne Méaux, la pionnière et papesse de la communication

le 15/10/2019 par Bérengère
Anne Méaux, fondatrice et présidente de la société de conseil Image Sept. Devenue LA référence en stratégie de communication des plus grandes entreprises du CAC40 et des politiques.

Anne Méaux, parlez-nous de votre parcours: comment en êtes-vous arrivée à créer l’une des sociétés de conseil les plus réputées en France ?

Par hasard et par goût de l’indépendance et de la liberté ! J’ai un vrai sens du travail bien fait. Si vous avez en vous ces choses-là, c’est que vous êtes faites pour être cheffe d’entreprise. Mon parcours : j’ai fait Sciences Po et j’étais lauréate du Concours Général de Version Latine. Je suis rentrée à l’Élysée quand j’ai eu 21 ans, après avoir fait la campagne de Valéry Giscard d’Estaing.

Ces années ont été très formatrices. Elles m’ont permis d’apprendre et de comprendre le pouvoir. Je travaillais avec des gens intellectuellement hors normes et très brillants. C’est, humainement et professionnellement, extrêmement éducateur. On apprend à prendre beaucoup de recul. J’ai découvert le monde de l’économie et de l’entrepreneuriat en étant ensuite au ministère de l’industrie avec Alain Madelin.

anne méauxJ’ai monté Image Sept après 13 ans dans le monde politique que je souhaitais quitter. Je n’ai jamais rien demandé à personne dans ma vie et en politique, vous dépendez beaucoup des autres. J’ai donc lancé ma boîte par envie d’autonomie. Je ne suis jamais allée chercher un client, je n’ai jamais construit de plan marketing. J’ai le goût de l’intelligence collective, je crois particulièrement au regroupement de talents différents. Les profils de nos collaborateurs sont très variés et diversifiés. Nous mettons toujours le client au coeur de notre travail en faisant du « sur-mesure ». Je déteste les process prévus d’avance.

Comment une femme évoluait-elle dans le monde politique d’alors, très masculin, et comment évolue-t-elle aujourd’hui dans le monde des entreprises du CAC40 ?

Je suis d’une génération où il fallait encore être meilleure que les hommes au même poste. C’était stimulant ! J’ai toujours aimé faire les choses pleinement et bien. Chez Image sept, c’est ce que l’on essai de faire tous les jours, être les meilleurs et offrir les meilleures choses. On se fiche que vous soyez un homme ou une femme. A titre personnel, j’aime beaucoup travailler avec les femmes car elles sont très compétentes, très cash et les choses vont vite.

Y a-t-il une différence entre les postures entrepreneuriales masculine et féminine ?

Les femmes sont multi-tâches, elles ont donc une vision moins en silo et plus transversale du management. Elles ont également un peu moins d’ego et sont rapidement dans le faire plutôt que dans le dire et l’apparence. Quand on est entrepreneure, c’est fondamental, on doit délivrer rapidement un message. Les femmes sont très pragmatiques et se laissent la liberté de « sentir » les choses. Or l’instinct est fondamental quand on entreprend.

Avec votre recul, vous sauriez dire pourquoi il y a si peu de femmes dirigeantes ?

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A l’époque, si les femmes travaillaient, c’était pour des raisons de survie économique. Il y a 50 ans, peu de femmes faisaient des études. Elles n’accédaient donc pas aux postes de direction. L’accès des femmes aux études supérieures est très récent. Et puis la seconde chose, c’est cette idée reçue que l’on n’est pas capable de travailler ET d’élever des enfants. C’est de la foutaise ! Heureusement, il y a une déculpabilisation des femmes qui se fait petit à petit, mais c’est encore très récent.

La clé pour faire changer cela ?

Je n’ai pas la clé mais je pense qu’il faut travailler sur le schéma psychologique et le syndrome que les femmes ont : « Suis-je suffisamment compétente ? » Les femmes créatrices d’entreprise avancent par la preuve et non en se disant « Je suis très bonne. » Si vous voulez grimper dans un grand groupe, pour vous faire repérer, il faut réussir à expliquer aux autres que vous êtes formidable. Je n’ai pas vu beaucoup de femmes dans cette démarche. Quand on offre une promotion à une femme, la première chose qu’elle se demande, c’est si elle va être à la hauteur. Quand vous offrez une promotion à un homme, il vous demande immédiatement le salaire qui va avec. C’est sur ces représentations qu’il faut avancer. C’est en train d’évoluer. Tout le monde a bien compris qu’il faut transformer les choses. Et les hommes aussi, heureusement !

Êtes-vous une féministe ?

Je suis féministe car cela me révulse de voir les écarts de salaire qu’il peut encore y avoir entre les femmes et les hommes. Cependant, je pense qu’il faut mener les combats avec les hommes et non pas contre eux. Une entreprise est beaucoup plus riche de sa diversité, de son mélange des âges, des sexes et des formations.

Vous servez-vous de votre propre expérience pour aider les autres femmes ?

J’ai été élevée dans l’idée que plus on avait de chance, plus on avait de devoirs envers les autres. Je crois que c’est normal d’aider les autres. J’ai monté l’association Force Femmes qui aide les femmes de plus de 45 ans, et qui ont été cassées par un accident de vie, à reprendre un parcours professionnel normal. Cette association est très efficace pour reconstruire les femmes psychologiquement, les accompagner pour refaire leur cv, les aider à s’adapter à l’évolution, les former puis les recaser. Et j’ai également créé le Women’s Forum pour agir concrètement sur la présence des femmes dans la sphère économique.

 

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Quels conseils leur donnez-vous ?

Un, c’est possible. Deux, il faut avoir une bonne santé. Trois, c’est un vrai bonheur car on peut faire tout en même temps. Quatre, il faut être bien sur ses deux jambes et être ancrée dans la réalité de la vie pour accepter aussi ses revers. C’est tout à fait possible de gérer avec autorité mais bienveillance une entreprise et ses collaborateurs.

Ensuite, il faut travailler et être la meilleure dans son métier. Il faut rester curieuse. Il ne faut pas s’imaginer qu’il faille faire fi de sa féminité, de sa famille ou de ses enfants. On est meilleure lorsqu’on est complète.

Pour finir, quelle est votre définition du leadership ?

Votre vision. Vos équipes vous font confiance si elles savent que vous les emmenez quelque part. Et que vous les emmenez dans un projet commun où elles ont leur part de bonheur.

 

Par Bérengère Soyer

Crédits photos Antoine Doyen et Image Sept

 

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