Inès Leonarduzzi
Portraits

Inès Leonarduzzi réinvente le digital pour sauver la planète

le 25/03/2019 par Bérengère
Inès Leonarduzzi a créé Digital For The Planet, une ONG mondiale qui lutte contre la pollution digitale. Inès nous explique comment cette pollution impacte l'environnement mais également les peuples, premières victimes des conflits liés aux énergies utilisées. Ainsi que les sociétés, en faisant croître les clivages déjà existants.

Présentez-vous…

Je m’appelle Inès, j’ai 31 ans, et je suis devenue entrepreneuse dans le numérique responsable en développant la notion d’écologie digitale. J’ai ainsi fondé Digital For The Planet.

Racontez-nous Digital For the Planet…

Digital For The Planet est un « global Earth project », c’est comme cela que nous l’appelons. Il consiste en plusieurs structures destinées à améliorer le rapport humain-machine-environnement. Au travers de l’éducation, l’accompagnement des organisations et le développement de technologies de rupture d’un nouveau genre (bas carbone) et dédiées à des enjeux sociétaux uniquement. L’unique raison de faire de la technologie devrait être l’amélioration de la qualité de vie des humains. L’idée n’est surtout pas de décrier le numérique, c’est d’en initier le futur.

Inès Leonarduzzi

Quelle forme prend la « pollution digitale » ?

Elle est selon nous tripartite. Nous distinguons la pollution environnementale, la pollution sociétale et la pollution intellectuelle.

Du point de vue de l’environnement, envoyer des mails, mal concevoir son site ou son application, le stockage des données, toutes ces actions émettent du CO2 dans l’atmosphère. Sans parler de l’impact environnemental de l’extraction des minerais nécessaires à la fabrication des appareils électroniques ainsi que le (non) recyclage.

D’un point de vue sociétal, la fabrication des appareils et l’extraction des minerais génèrent des conflits armés en Afrique. Il est probable que de tels conflits émergent aussi en Amérique de Sud, du côté de la Bolivie où l’extraction de lithium exploite les terres agricoles des paysans dans la Cordillère des Andes.

Enfin, intellectuellement, on pourrait parler des clivages sociétaux en France que le numérique creuse. Comme le fait que face à la Startup Nation, 5 à 6 millions de Français n’ont pas d’accès Internet.

Quel parcours vous a menée à créer cette ONG ?

J’ai créé ma première startup dans le numérique et l’art il y a une dizaine d’années à Hong Kong, j’étais très jeune. Puis j’ai travaillé dans plusieurs entreprises, toujours sur ces sujets. Les voyages et la lecture m’ont beaucoup guidée. Rencontrer des gens et les écouter, aussi. C’est une activité très enrichissante qui offre une perspective directe sur ce que les humains pensent, ce qu’ils veulent, mais également sur ce qu’ils pensent mal.

Quelle vision avez-vous du monde qui se transforme ? Qu’il s’agisse de la parole des femmes qui se libère, de la planète qui prend conscience du changement climatique, de la jeune génération qui veut faire entendre sa voix, etc.

Tout est lié. La nature n’est considérée que comme un arrière-plan, comme une chose qui vient en dernier, un peu comme les femmes. Ces dernières sont aussi les premières à souffrir des changements climatiques comme des conflits économiques ou des guerres. Elles sont les premières à se retrouver dans la précarité.

La jeunesse, grâce au numérique, est beaucoup plus informée que les générations précédentes au même âge. Les plateformes comme Twitter ou Instagram permettent de s’informer sur à peu près tout, même quand on ne l’a pas demandé. Les plus jeunes sont, de fait, bien informés de la réalité du monde et comprennent bien que ce sont eux qui paieront la note.

Inès LeonarduzziL’« empowerment » des femmes est une cause qui vous tient à cœur, comment une femme peut-elle trouver l’autonomie et la puissance par elle-même ?

Toute femme est, par essence, autonome et puissante. On a tendance à l’oublier mais les femmes mettent au monde les Hommes. Elles les élèvent. C’est quelque chose de très puissant. Beaucoup de femmes se sont persuadées qu’elles n’ont pas la force de faire ce à quoi elles rêvent. L’entourage y est parfois pour beaucoup. C’est important de s’entourer de personnes qui nous inspirent et croient en nous.

Ensuite, le simple fait de cesser de s’excuser d’exister libère énormément de créativité, de joie de vivre et donc, de puissance.

Avez-vous un secret, une méthode pour passer du rêve à l’action ?

L’action. Il n’y a pas de secret !

Vous arrive-t-il d’avoir peur dans votre vie d’entrepreneuse ?

Tout le temps.

Que conseillez-vous aux femmes qui veulent se lancer ?

D’accepter d’avoir peur tous les jours et de transformer cette peur en adrénaline. De bien s’entourer et d’exclure les personnes nocives. C’est essentiel !

Quelle est la définition, selon vous, de la réussite lorsqu’on est une femme ?

En ce qui me concerne, c’est d’être en phase avec mes valeurs quoi que je fasse. Me lever en étant contente d’aller au travail. Rendre ma famille et mes proches heureux et bien sûr, gagner ma vie correctement. Car si l’argent n’est pas une fin, c’est un outil de liberté, surtout pour la femme.

En revanche, je ne pense pas qu’il y ait une définition de la réussite quand on est une femme. Il y a autant de définitions qu’il y a de femmes. Nous ne sommes pas toutes pareilles, et je crois que c’est important de le rappeler. Ce qui compte au final, qu’on réussisse ou non, c’est de ressembler à soi-même.

Que diriez-vous à la Inès d’il y a 10 ans ?

De ne pas s’excuser d’exister.

 

Par Bérengère Soyer

Crédit photos Inès Leonarduzzi et Digital For The Planet

 

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