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A BaMa, l’association angevine qui accompagne les maliennes

le 27/04/2018 par Bérengère
Comment Janick Piétin, angevine à la retraite, aide et accompagne les jeunes maliennes dans leur autonomisation et leur ouvre la voie de l'entrepreneuriat

Coup de foudre à Bamako

L’histoire d’A BaMa, c’est d’abord l’histoire d’un coup de cœur. Le coup de coeur de Janick Piétin pour Bamako et ses habitants. Nous sommes en 1996, elle est alors membre du cabinet du maire d’Angers et accompagne Jean Monnier (maire de l’époque) pour un voyage professionnel dans la ville jumelle d’Angers. Un coup de foudre mais aussi une prise de conscience violente : derrière cette population si chaleureuse et accueillante, la pauvreté et des enfants qui vivent seuls dans la rue.
Ce voyage originel marque aussi la rencontre avec Kader Keita, celui qui, aujourd’hui encore, est le pilier bamakois du projet A BaMa. Kader a 24 ans à l’époque et il s’occupe des enfants des rues.

S’investir pour elles

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Les 18 années qui suivent, Janick Piétin apporte son soutien à Kader. Soutien financier d’abord pour qu’il puisse continuer à aider les enfants des rues et créer une structure associative. Soutien amical et moral également, à l’occasion de voyages personnels qui deviennent alors l’occasion d’apporter des vêtements et du matériel sur place.

En 2014, l’histoire d’A BaMa démarre véritablement. Une vie professionnelle s’achève en France pour Janick, c’est l’heure de la retraite, elle prend l’avion quelques semaines après… Du temps, enfin, pour aider concrètement sur place. Janick Piétin veut s’investir pour Bamako, mais comment ?

C’est Kader qui, le premier, parle à Janick de la situation de ces jeunes filles-mères qui vivent dans la rue. Il faudrait les former, leur apprendre un métier pour qu’elles puissent sortir de ce destin moribond. Leur offrir la possibilité de ne pas subir leur situation et de les rendre autonomes grâce au travail.

« Ce projet me plaisait, je suis convaincue qu’on peut faire quelque chose pour aider ces femmes alors j’ai voulu me lancer ! ».

A BaMa était née.

Entreprendre pour elle

association-abama-angers« A BaMa » pour Angers Bamako Mali mais aussi pour le A qui signifie « ensemble » en malien et Bama, poisson du Niger, symbole de force, d’énergie, de courage et de soutien.

« C’était important pour moi que ce nom parle dans les deux langues. »

Il a alors fallu tout construire. En France pour commencer. Créer une association, les statuts, convaincre des amis de s’investir dans ce projet, des partenaires institutionnels de le soutenir financièrement. Ecrire le projet et chiffrer les coûts. S’adapter aux différences culturelles et aux aléas administratifs. S’accrocher, y croire. Trouver des actions d’autofinancement pour récolter petit à petit l’argent nécessaire pour construire et aménager un local de 90 m2 sur le toit terrasse du centre d’accueil et d’hébergement pour les enfants de la rue créé par Kader. Et au Mali, se transformer en cheffe de chantier….

« Au départ, les artisans ne me prenaient pas au sérieux. »

Mais à force de la voir mesurer les ouvertures de portes, remettre en question, à juste titre, la réalisation du toit en paille et de surveiller les devis…

« Je suis devenue la dame blanche qui commande !
 Dans ma carrière professionnelle, j’ai eu la chance de ne pas être confrontée à des difficultés particulières en tant que femme, peut-être aussi du fait de mon poste. Au Mali, c’est différent. Bien sûr il y a des femmes qui réussissent professionnellement, mais c’est beaucoup moins courant. L’absence d’éducation, l’excision, le mariage forcé, c’est encore une réalité pour les jeunes femmes au Mali. »

Deux bonnes fées sur le chemin d’A Bama

 

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Keïta Aminata Maiga

 

Sur le parcours aux allures de challenge d’A BaMa, il y a aussi eu des petits coups de pouce de la vie. Une amitié avec la chanteuse malienne Fantani Touré, malheureusement décédée en 2014, et une rencontre avec la première dame du Mali, Keïta Aminata Maïga.

« Un moment incroyable, nous avons eu une discussion sincère sur la condition des femmes au Mali. »

Suite à cette rencontre inattendue, l’association a reçu une aide financière inespérée. C’était début 2018 et le chantier du local était alors suspendu.

« Grâce à cette aide, le chantier a pu rapidement reprendre et être complètement achevé. »

Et la sélection des jeunes filles a enfin pu débuter.

« En parallèle des projets culturels* organisés par A BaMa, le projet solidaire des trois prochaines années consiste à offrir une formation diplômante de couturière pendant un an à des jeunes filles-mères de la rue en rupture avec leur famille. Nous avons sélectionné les jeunes filles en fonction de leur motivation et de l’envie qu’elles avaient de mettre à profit cette formation pour trouver un emploi chez un couturier ou créer leur propre activité. Ce métier de couturière n’a pas été choisi au hasard, il y a beaucoup de travail dans ce domaine à Bamako. »

Il a encore fallu trouver les formateurs. Recruter une assistante sociale pour accompagner les jeunes filles au quotidien. Une nounou pour s’occuper des bébés sur place, pour que les jeunes mamans aient l’esprit libre pour apprendre. Trouver le matériel.

« Emmaüs et des amis nous ont fourni toutes les machines à coudre, c’était super ! »

Et puis démarrer…

Offrir à ces jeunes femmes une véritable possibilité de s’en sortir

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« La première formation a débuté fin avril 2018. A la fin de la formation, nous remettrons aux jeunes filles un kit de démarrage pour qu’elles soient autonomes : une machine à coudre, des ciseaux, du fil. L’assistance sociale continuera de les suivre un an et les aidera notamment à recréer du lien avec leur famille. »

Pour consolider leur projet, les jeunes femmes suivent également des cours d’alphabétisation. A la fin de leur formation, elles effectuent un stage chez un couturier.

« Sur place, c’est Kader qui veille mais nous sommes très régulièrement en contact et j’ai hâte d’y retourner en janvier 2019. »

En attendant, Kader ne tarit pas d’éloges sur le travail accompli par son amie française.

« Moi aussi j’en suis fière. Mais maintenant, il ne faut rien lâcher, on doit préparer la prochaine formation ! Nous espérons former quinze jeunes femmes, peut-être plus si nous avons les fonds nécessaires. Nous avons récemment reçu l’autorisation de délivrer des reçus fiscaux, ce qui va nous permettre de lancer un financement participatif (MAJ du 10/12/2018 : financement en cours sur Ulule) en septembre. »

Le destin de ces jeunes femmes prend un nouveau tournant grâce au soutien d’A BaMa et à l’investissement sincère et passionné de Janick Piétin.

(Association A BaMa Angers, Janick Piétin – abamaangers@gmail.com)

 

Par Violaine Berté

Crédit photos Association A BaMa

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