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Artiste entrepreneuse, quels enjeux, quels pièges ?

le 24/12/2019 par Bérengère
Quand on parle d'art aujourd'hui, on pense surtout à l'expression d'une émotion à travers une chanson, un objet, une toile ou encore une phrase. Malgré cette dimension poétique, l'artiste doit aussi pouvoir vivre correctement de sa passion et notamment monnayer ce qu'elle produit. Alors, peut-on être artiste ET entrepreneuse ? Quels sont les statuts adéquats pour réussir à gagner sa vie ? Et surtout, quels sont les pièges à éviter ?

Les artistes sont de plus en plus nombreuses à être inscrites en tant qu’autrices aujourd’hui en France. (« Le nombre d’auteurs cotisant à la Maison des Artistes a augmenté de 1,7 % entre 2016 et 2017 avec 61 223 auteurs en 2017. » Source : Maison des Artistes, secu-artistes-auteurs.fr). Il existe actuellement trois statuts pour les artistes :

  • Celui des artistes-autrices regroupe les « autrices/auteurs d’œuvres littéraires et dramatiques, musicales et chorégraphiques, audiovisuelles et cinématographiques, photographiques, graphiques et plastiques, ainsi que les autrices/auteurs de logiciels [qui] exercent à titre indépendant une activité de création. Elles/ils ont un droit de propriété littéraire et artistique sur leurs œuvres, et sont susceptibles de percevoir à ce titre des droits d’auteur. Elles/ils bénéficient d’un régime social et fiscal particulier. » (Source : BPI France).
  • Celui des créatrices est destiné aux artistes « qui ne répondent pas aux conditions requises pour bénéficier du statut des artistes-autrices » et qui sont, de fait, assimilés artisanes d’art, comme les bijoutières-joaillières. Elles doivent s’inscrire à l’URSSAF en tant que profession libérale.
  • Enfin, celui des artistes du spectacle, assimilés intermittentes du spectacle, rassemble les actrices, chanteuses, musiciennes, danseuses, etc.

Alors, dans quel cas est-on artiste ET entrepreneuse ?

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Daisy Cadeau

Nous avons rencontré les jumelles Daisy et Émilie, du groupe folk-pop Who is Who. Dans le milieu artistique depuis leur plus jeune âge, elles ont appris les rouages de ce monde auprès de leurs parents, puis en créant leurs propres spectacles. C’est en découvrant l’ancienne guitare de leur mère, à l’adolescence, qu’elles ont commencé à composer leur musique. Elles montent alors une première structure associative afin de pouvoir jouer dans des festivals professionnels et envisager le développement de plusieurs projets. Aujourd’hui, à 27 ans, Émilie est devenue chargée de production pour divers structures culturelles et musicales et Daisy est gérante-directrice artistique d’une entreprise de création de spectacles. Le temps d’apprendre comment le milieu et les réseaux fonctionnaient pour ensuite créer leur propre entité, Who is Who.

Qu’est-ce qui diffère de l’entrepreneuriat classique ?

« L’artiste est, souvent, son propre produit », nous confie Daisy. Il faut réussir à faire la part des choses. En effet, il est toujours plus difficile de vendre sa personnalité et ses émotions qu’un produit lambda ou un service. « Naturellement, l’artiste va créer ce qui lui vient en tête et va toucher des personnes grâce à ses émotions. C’est un besoin qu’elle a en elle », poursuit Daisy. Où est donc la limite entre vendre sa personne et vendre son art ? C’est là tout l’enjeu de l’artiste qui souhaite vivre de sa passion. Et Émilie d’ajouter : « C’est toujours mieux d’avoir une tierce personne pour se vendre mais on reste les mieux placées pour se promouvoir en intégrant quelques notions de commercialisation », confesse-t-elle. C’est en se produisant jusque dans les plus petites salles de spectacle qu’elles ont fait leurs preuves et démontré leur professionnalisme. Dans ce cas, « la problématique est la même que lorsque tu as une entreprise classique avec un produit ou un service à vendre », indique Émilie.

Quels sont les enjeux de l’artiste ?

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Émilie Cadeau

Le challenge de l’artiste : maîtriser son projet de A à Z. Le fond de son message mais aussi sa forme : comment souhaite-t-elle toucher son public ? Image de soi, publicité, paroles… Finalement, le marketing et la communication sont tout aussi présents que dans une entreprise plus classique. En effet, combien d’artistes connus et reconnus ont été les « pantins » de labels ou de maisons de production peu scrupuleuses ? Amy Winehouse, Elton John ou encore Freddie Mercury, par exemple, sont des artistes qui n’ont pas eu le choix au début de leur carrière. Instrumentalisés par des professionnels du marketing, il leur a fallu vendre leur musique plutôt que la vivre.

« L’enjeu aujourd’hui, pour une artiste, est d’avoir une double casquette pour ne pas perdre son indépendance », nous explique Émilie. Et d’ajouter : « L’artiste qui s’autoproduit garde la main sur son projet, en ayant cette capacité à aller au bout de ce qu’elle veut dire et à oser dire non à quelque chose qui ne lui ressemblerait pas. Là où d’autres, qui ont une vision plus lucrative et plus marketée, vont flairer la poule aux œufs d’or et faire endosser à l’artiste un rôle qu’elle n’a pas vraiment choisi. »

Comment réussir à être artiste et à se vendre ?

L’un des premiers conseils que Daisy donne lorsqu’elle accompagne des artistes, c’est de toujours veiller à ce que le projet soit abouti. « Même si, en tant qu’artiste, il y aura toujours des améliorations ou des changements à apporter. » S’associer à des personnes dont le métier est de savoir vendre est l’une des clés apparemment. Toutefois, savoir garder la main sur son idée de base et connaître la finalité de son projet est une garantie d’indépendance. Le risque de se voir formatée dans un modèle qui existe déjà en centaines d’exemplaires est grand. La maîtrise de son projet de A à Z, avec une idée aboutie, une connaissance du prix que l’on coûte, une image maîtrisée et un message travaillé, tels sont les pré-requis indispensables que ce duo a retenus au fil de leurs expériences.

« Cela peut être une erreur d’artiste de vouloir se vendre trop tôt, au risque d’accepter des accords dont on ne veut pas vraiment au fond », prévient Émilie. À l’inverse, nous explique-t-elle, « des artistes comme Angèle ou Stromae savent exactement la manière dont ils veulent se vendre et l’image qu’ils veulent véhiculer. Quoi qu’il arrive, ils conservent leur liberté et maîtrisent leur art de A à Z. L’idée qui vous enracine doit être l’idée que vous voulez vendre. Que vous soyez artiste ou entrepreneuse [ou les deux]. » Et Daisy de conclure : « C’est la confiance en soi et en son produit qui l’emporte, peu importe le projet. »

« En tant qu’artiste au sens large, tu vends une part de ton âme. Il faut savoir quelle partie de toi tu veux donner. » Who is Who

 

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Who is Who

 

Par Bérengère Soyer

Crédit photos Alain Raguenes et Makse

 

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