Portraits

Rencontre avec Chiara Condi, fondatrice et CEO de « LED BY HER »

le 26/04/2018 par Bérengère
Women empowerment,
comment l’entrepreneuriat permet d’être actrice de sa vie ?

Mercredi 25 avril, nous rencontrons Chiara Condi à Paris. Elle nous reçoit dans son appartement du 7ème arrondissement. Chiara a reçu en 2017 le prix Femme d’Influence pour son travail réalisé grâce à son association Led By Her. Elle a, depuis, obtenu une large couverture médiatique pour parler de son travail grâce aux nombreux articles dans Forbes, Les Echos ou BFM Business. Elle nous parle de son parcours, de son association et surtout de son investissement pour l’entrepreneuriat féminin !

Bonjour Chiara Condi présentez-vous…

Portrait Chiara CondiJe suis Italo-Américaine. J’ai 31 ans. Je travaille sur l’entrepreneuriat des femmes et les droits des femmes. J’ai étudié l’histoire des lettres aux USA où j’ai créé un centre pour SDF en parallèle. Je voulais sortir de ma bulle privilégiée. J’ai continué mes études en master économie et sciences politiques à la London School of Economic (LSE London). J’ai intégré la BRED (Banque Européenne de Reconstruction et Développement) et commencé à y travailler pour la cause des femmes. La frustration est vite apparue car dans une organisation internationale, on ne peut pas être facilement sur le terrain. Or j’étais faite pour être sur la « front line ». C’est pour ça que j’ai décidé de lancer ma propre organisation. Est née « Led By Her ».

Comment « Led By Her » travaille sur l’autonomisation des femmes en règle générale ?

Nous sommes une association avec un programme d’accompagnement qui travaille pour un changement sociétal plus grand autour de la femme. Notre cible est la femme ayant subi des violences. Nous ne l’aidons pas seulement en tant qu’individu. Nous travaillons aussi beaucoup sur toute la culture existante autour de la femme. Nous voulons reprendre les bases des mentalités.

Au sein de l’association, combien êtes-vous à œuvrer tous les jours pour ces femmes ?

Nous sommes 200 bénévoles. Nous avons également une communauté de 15 000 personnes qui nous suit sur les réseaux sociaux. L’association a 5 ans cette année.

Votre envie était d’être au plus proche de ces femmes pour les aider, quel a été l’élément déclencheur de ce projet ?

Je pense que si l’on veut trouver de nouvelles solutions, on doit comprendre le problème de façon globale. Ce n’est pas en lisant des études que l’on peut comprendre le fond des choses. Il faut aller voir les gens et rencontrer la réalité. Tout ceci pour moi, c’était le début du travail.

Comment la vie de ces femmes s’en trouve-t-elle changée ?

Quand ces femmes ressortent de notre programme, elles ne sont plus ce qu’elles étaient au départ. C’est une transformation de vie. Ce changement de vie qu’elles ont opéré, c’est une chose qu’elles garderont toujours avec elles désormais. C’est acquis. Nous redonnons l’espoir à ces femmes.

En créant ce programme, quelle idée aviez-vous en tête ?

Ce que nous proposons aujourd’hui, c’est ce que j’aurais aimé avoir lorsque je me suis lancée en tant que femme qui entreprend. Comme je le disais, nous travaillons sur le projet entrepreneurial de chaque femme mais nous nous focalisons aussi énormément sur la personne, sur l’individu. Développement personnel, échanges, cours, travail en communauté, nous proposons un projet qui voit l’entrepreneuriat avec beaucoup de bienveillance. Et dans sa globalité. Nous devons proposer des choses accueillantes pour les femmes. Nous ne recrutons pas de la même façon lorsqu’un programme est mixte et lorsqu’il s’adresse uniquement aux femmes. Nous voulons que ces femmes atteignent une chose à laquelle elles n’auraient pas forcément eu accès dans leurs vies. En cela notre message est important : peu importe votre parcours de vie, vous pouvez être entrepreneure de votre vie !

L’entrepreneuriat, c’est donc avant tout entreprendre sa vie avant d’entreprendre un projet ?

Si on ne sait pas pourquoi on est là, alors on ne durera pas dans le temps. L’entrepreneuriat est dur. On doit être prêt à changer les choses à tout moment. Il faut donc avoir un fort ancrage. Qu’est-ce qui donne cet ancrage ? C’est la confiance en soi. Il faut se connaître soi-même pour pouvoir affronter les problèmes lorsqu’ils arriveront. L’entrepreneuriat, c’est un processus. C’est pourquoi je veux que nous travaillions avant tout sur la personne. Finalement peu importe le projet. Lorsque l’on se lance dans la création, on peut y rencontrer la réussite ou l’échec. Si on ne sait pas qui l’on est à ce moment-là, l’échec sera très mal vécu. Le projet n’est finalement qu’une étape dans un parcours. C’est en cela que l’entrepreneuriat est un état d’esprit, une posture de vie. 

Votre programme s’adresse avant tout aux femmes ayant vécu des violences. Une cible si particulière qui a vécu un vrai traumatisme ! Pour qui bien souvent la perspective d’entreprendre sa vie peut être devenue une utopie. Pourquoi avoir choisi ces femmes ?

Nous voulions donner accès à l’entrepreneuriat à celles qui en sont très éloignées. Nous voulions réécrire l’histoire autour des violences faites aux femmes. Sur la manière dont la société voit l’impact des violences faites aux femmes. Nous voulions passer un message : malgré ce qu’on a vécu et ce qu’on a fait, on peut toujours changer sa vie et devenir ce que l’on veut devenir. L’entrepreneuriat peut être un moyen de reconstruction. Être entrepreneur de soi permet de réécrire sa vie comme on la souhaite.

 

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Vous avez, vous aussi, transformé un traumatisme en une force. Vous avez frôlé la mort il y a quelques années. L’ambition naît-elle des épreuves que l’on vit ?

Il y a quelque chose de spécial quand on a vécu des difficultés. Lorsqu’on arrive à transformer cela, l’épreuve devient une vraie force. C’est ce cap qui peut être difficile à passer. Peu importe le choc que l’on vit, on est obligé d’opérer une transformation pour réussir à continuer à vivre. Parfois le choc peut aider à se réveiller et nous montrer de quoi on a vraiment envie. 

Au travers de vos nombreuses interviews et travaux, on retrouve toujours la notion de « women empowerment » que l’on traduirait par l’autonomisation des femmes. En quoi cette idée est importante pour avancer ?

Si on décortique le mot « empowerment », il y a l’idée de « donner le pouvoir à ». Ce qui est beau dans ce mot, c’est que l’on aide les personnes à découvrir leur propre pouvoir. C’est ce qu’on devrait faire avec toutes les femmes de la planète. Si toutes les femmes saisissaient leur potentiel, le monde s’en verrait changer.

Quels sont les principaux freins des femmes à leur autonomisation ?

Elles ne s’autorisent pas à s’exprimer pleinement. Cela se manifeste par exemple dans l’envie profonde de dire ce qu’elles pensent ou de créer l’entreprise qu’elles ont vraiment envie de créer. C’est un aspect très féminin. C’est pour ça que je pense que la transformation de la femme passe véritablement par l’entrepreneuriat. On doit être convaincu de qui on est et de ce qu’on a à apporter au monde. Une fois cela acquis, on ne se demandera plus une seconde fois si on a le droit de négocier un salaire ou de demander un rendez-vous à telle personne. Moi même, au bout de cinq ans, je me censure encore parfois. Notre principal frein est l’auto censure.

 

 

Quelle suite maintenant à « Led By Her » ?

Nous sommes toujours une association 1901. Nous voulons au quotidien continuer à accompagner les femmes dans leurs projets d’entrepreneuriat. Notre plus grande valeur, c’est l’entrepreneuriat qui amène à l’autonomisation. La plateforme que nous avons sortie en mai est la phase de digitalisation du processus. Nous avions épuisé nos moyens physiques. Nous nous devions donc de passer à la vitesse supérieure grâce à cette plateforme. Elle permet maintenant d’envisager notre travail à une nouvelle échelle. C’est une nouvelle aventure que nous ouvrons avec Cap Gemini qui nous accompagne dans la mise en place et le développement de ce nouvel outil. C’est aussi pour nous une opportunité d’avoir un impact plus large, au delà des frontières.

Demain une femme veut se lancer, que lui dites-vous ?

Commencez petit. Écrivez un premier mail, puis un second. Inscrivez-vous à un premier « meet-up ». Allez à un premier rendez-vous. On ne vous demande pas de tout lâcher d’un coup. Il faut prendre de petits risques pour tenter sa chance. Mais soyez dans le concret immédiatement. Il ne faut pas rester trop longtemps à se poser des questions. Le concret nourrit le projet et les pensées tuent l’idée. C’est le concret qui donne petit à petit une vision à l’idée. Il ne faut pas attendre que tout soit parfait. Notre idée évolue avec nous. C’est la réussite ou l’échec qui ajustera le curseur.

 

Par Bérengère Soyer
Crédits photos Entrepreneuze et Led By Her

 

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