adèle galey
Portraits

Rencontre avec Adèle Galey co-fondatrice du changement

le 15/10/2018 par Bérengère
Comment l'envie de changer le monde en entreprenant rend heureuse

Bonjour Adèle, pouvez-vous nous parler de vous et de votre parcours ?

Je suis Adèle Galey, j’ai 30 ans. Je suis l’une des « petites dernières » -avec ma jumelle- d’une famille de quatre enfants. Je commence à me présenter de la sorte car le rapport à ma famille est primordial dans mon parcours. C’est ce qui me définit. En particulier le rapport avec ma sœur jumelle ! C’est ce qui a ancré mon engagement d’aujourd’hui avec Ticket For Change. Au départ j’ai pris conscience de notre rapport à toutes les deux avec la scolarité. Le système actuel était tout à fait adapté pour moi, mais pas du tout pour ma jumelle. C’était comme voir son reflet dans le miroir ; pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas pour nous deux alors si semblables ? C’est l’origine d’un questionnement et de mon parcours.

Ce qui m’a beaucoup marquée pendant toute cette période d’études, c’est de constater à quel point nous sommes formés de manière « généraliste ». Sans pouvoir faire émerger nos talents propres. Et par extension, à quel point le système actuel ne valorise qu’une seule manière de fonctionner. Les personnes en décalage dans ce système ne pourront pas faire évoluer leurs propres talents et cela conduit à l’échec. J’ai cependant suivi ma voie vers une Prépa littéraire puis une Grande École de commerce. J’ai été assez malheureuse venant d’un univers littéraire et philosophique. Puis j’ai cherché, j’ai creusé pour pouvoir trouver malgré tout des éléments qui me conviennent. Notamment dans l’approche de la valorisation des profils.adèle galey

J’ai eu la chance de découvrir l’entrepreneuriat social. Ça a été une véritable révélation pour moi, pouvoir associer ces deux mots ! L’histoire de Ticket For Change est nourrie de mon histoire et de ce parcours empli d’interrogations et de recherche de solutions pour « faire ma part ».

Comment est venue cette idée ?

J’ai toujours eu ce questionnement autour des talents : comment faire pour que chacun se sente valorisé et le soit ? De retour en France (après un voyage autour du monde) Matthieu Dardaillon, avec qui j’avais déjà travaillé, est revenu vers moi et m’a parlé d’une idée et de son projet : Ticket For Change. Il souhaitait que je l’accompagne dans l’équipe fondatrice. J’ai tout de suite adhéré notamment avec la mission « éducative » de ce projet. J’allais enfin pouvoir développer concrètement ce en quoi je croyais : faire émerger des talents chez des personnes qui ne sont pas « dans le moule ». Sans tenir compte ni de leur origine, ni de leur parcours ou de leurs études. Bref, accompagner des gens dans un projet à partir d’eux-mêmes, avec pour point commun l’envie d’avoir un impact dans la société. C’était la réconciliation de tous mes mondes !

À Entrepreneuze, je peux le dire : au départ je m’en voulais -ou j’en voulais presque à Matthieu- que ce soit un homme qui me pousse à l’entrepreneuriat (Rires). J’étais un super bras droit, mais je me sentais incapable d’être moi-même entrepreneuse, de relever tous ces défis. Ces gens étaient des sur-Hommes ! Finalement, je ne le remercierai jamais assez de m’avoir donné confiance en moi.

adèle galeyOn était donc quatre et l’idée était le « Ticket Tour » : un tour de France des entrepreneurs, inspiré du Jagriti Yatra en Inde*. Douze jours, douze étapes, avec cinquante jeunes talents, à la rencontre de quanrante pionniers d’exception tels que Pierre Rabhi, Emmanuel Faber, Thierry Marx, André Dupon, Marie Trellu-Kane… On avait envie de montrer que les acteurs du changement existent, et que c’est possible.

A l’image de Pierre Rhabi, qui fait partie de vos mentors, vous sentez-vous comme un colibri* dans votre action ?

Lorsque j’ai découvert l’entrepreneuriat social, je me suis sentie à ma place et j’ai compris comment je pouvais être utile, à mon échelle. Par la suite, j’ai découvert les mouvements et les théories comme celle du « colibri » en effet. Cela a été une validation de ce que je ressentais et un moyen de savoir qu’on n’est pas seule à essayer et à penser de cette manière. Chacun faisant sa part. C’est devenu aujourd’hui un engagement fort, à titre personnel, mais aussi pour Ticket For Change.

Le thème du mois d’octobre est « le Bonheur au travail ; comment entreprendre rend heureuse et épanouie ». Comment faites-vous le lien entre « changement » et « bonheur au travail » ?

Le bonheur au travail est très central dans notre démarche. D’ailleurs Matthieu Dardaillon, mon associé, sort un livre le 20 novembre sur le concept de l’Ikigai*. Nous sommes persuadés que mettre du sens dans son travail et y être épanoui passe par le fait de se sentir utile. Ainsi pouvoir développer ses talents dans ce sens. C’est mettre en place un cercle vertueux en somme. Cette dimension est très importante dans nos formations à l’entrepreneuriat par exemple. Notre terme favori est « carrière à impact ». C’est-à-dire trouver sa voie en travaillant d’abord sur l’introspection et ce qui va pouvoir nous mettre en mouvement. Tous les chemins sont possibles.

adèle galey

Qu’avez-vous appris ou changé ou fait évoluer avec votre histoire et avec Ticket For Change ?

C’est une aventure qui est une sorte de formation en accéléré ! La première chose que j’ai apprise, c’est cette force de monter un projet à plusieurs. La puissance du collectif. Il y a aussi une chose importante, je pense que toutes les entrepreneures vivent cela : il ne faut jamais attendre d’être légitime pour agir ou faire quelque chose auquel on croit ! On avait 24 ans, on ne savait rien faire et on voulait accompagner des entrepreneurs sans jamais avoir entrepris nous-mêmes… On a dit : « On va monter un projet incroyable ». Et on a été suivis au-delà de nos espérances par Pierre Rhabi, Thierry Marx, Emmanuel Faber pour ne citer qu’eux. Rien n’est impossible quand on s’entoure bien et qu’on sait apprendre des autres. De ceux qui ont l’expérience pour nous porter et nous aider à devenir légitimes. Il faut se lancer, essayer, faire, recommencer et apprendre. Aujourd’hui, nous sommes une équipe de vingt-deux personnes !

Auriez-vous un message à faire passer aux femmes ?

Tellement de choses ! D’abord ne surtout pas se freiner ou se mettre la pression. Il faut trouver sa juste place. Il faut être douce avec soi-même et aller chercher ce qui nous rend heureuse et qui nous permettra d’avoir un impact. Notre société aujourd’hui a tendance à ne valoriser que certains types de profils, mais il ne faut pas se limiter… Chaque histoire personnelle ou professionnelle peut-être passionnante. Chacune devrait pouvoir, au moins pour soi, se raconter son histoire et la trouver passionnante ! Tout est une question de « narratives » comme disent les Américains : la façon dont tu racontes l’histoire…

 

*Jagriti Yatra: en hindi, Jagriti Yatra signifie un voyage d’éveil, et comme son nom l’indique, c’est un voyage d’éveil social.

*La théorie du colibri de Pierre Rabhi.

*Ikigai:équivalent pour les Japonais de la «joie de vivre» ou de la «raison d’être».

Par Aurélie Bargy

Crédit photos Laetitia Triffling, Ticket For Change

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