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Ils s'engagent aussi

Le Réseau Entreprendre oeuvre aussi pour les femmes

le 11/09/2018 par Bérengère
Rencontre avec Thibaut Beucher, directeur de Réseau Entreprendre Maine et Loire

Bonjour Thibaut, pouvez-vous vous présenter en quelques mots…

Je m’appelle Thibault, j’ai 44 ans. Je suis marié et j’ai 3 enfants. Je suis un Angevin « pure souche ». Je suis issu d’une famille d’avocats, mais j’ai voulu faire médecine. Je m’y suis pris mon premier mur… (rire) Après médecine, j’ai fait des études d’ingénieur en innovation. J’ai travaillé ensuite pour Décathlon puis pour la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises). Puis j’ai racheté une entreprise que j’ai dirigée pendant 6 ans. En 2010 j’ai créé, avec Louis-Marie Pasquier, le réseau Entreprendre Maine-et-Loire dont je suis devenu le directeur salarié. Louis-Marie Pasquier, du nom des célèbres brioches, en est le président. Nous partageons la même vision de l’entrepreneuriat et les mêmes valeurs.thibaut-beucher-réseau-entreprendre

Le Réseau Entreprendre, c’est quoi ?

Au niveau national, le réseau Entreprendre existe depuis 1986. Il a été créé par André Mulliez (PDG de Phildar). L’objectif est d’aider des personnes à créer ou reprendre des entreprises. Le réseau est présent dans de nombreuses villes en France et fonctionne de façon indépendante. Nous travaillons pour développer l’emploi et nous avons à cœur de partager les connaissances disponibles au sein du réseau local d’entrepreneurs. Les entrepreneurs qui portent un projet de création ou de reprise d’entreprise peuvent demander à être accompagnés par le réseau, puis être accompagnants à leur tour quelques années après.

Il y a t-il des entrepreneuses dans le réseau ?

Oui, bien sûr ! Je suis d’ailleurs toujours soucieux de permettre aux femmes, qui souhaitent créer ou reprendre une entreprise, d’intégrer le réseau. Nous serions vraiment malheureux sans la présence de femmes dans le réseau Entreprendre ! Malheureusement, aujourd’hui, nous n’en accompagnons pas « suffisamment » si l’on regarde en terme de parité.  Nous en sommes même assez loin puisque le réseau est à ce jour composé de femmes pour environ 15 ou 20%, accompagnées ou accompagnantes. Je me suis engagé à ce que les femmes soient présentes dans tout le réseau et notamment au conseil d’administration. Au niveau national et international, la fédération développe un programme qui s’appelle « Wom’Energy » pour lutter contre l’image un peu trop masculine que pouvait renvoyer le réseau jusque alors. Au niveau local, je veille à faire se rencontrer les femmes du réseau, pour favoriser le partage d’expérience. Mais dans l’absolu, se poser des obligations de parité ne me convient pas vraiment. Ce qui compte, c’est d’accompagner ou d’être accompagnés par des femmes qui ont envie de le faire, pas de se dire : « On DOIT avoir des femmes dans le réseau ! »

Le numéro du mois de septembre de Entrepreneuze est axé sur l’ambition féminine et le fait de s’autoriser à être ambitieuse. Pensez-vous que l’ambition féminine a ses propres caractéristiques ?

Je ne sais pas si on peut vraiment dire que l’ambition féminine a des caractéristiques propres mais ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui la présence des femmes, au sein du réseau, est très importante car elles apportent un autre regard, très pertinent. Dans mon expérience de directeur du réseau, j’ai pu cependant observer que les femmes se mettent parfois plus de freins, de barrières, que les hommes. Elles me semblent bien souvent plus humbles que bien des hommes qui pensent avoir le pouvoir de changer le monde (rire). Je rencontre parfois des femmes qui portent des projets extraordinaires mais qui doutent plus que de raison. Je vois souvent des différences dans l’ampleur des projets et la vision également… Les femmes ont souvent pour ambition de pouvoir vivre de leur projet, sans nécessairement penser qu’il est possible de le développer. L’idée, c’est qu’il faudrait sans doute (re)donner confiance aux femmes et leur expliquer que ce n’est pas être prétentieuses que d’être ambitieuses. Comme quand on apprend à ses enfants à faire du vélo, il faut regarder loin devant. Pour entreprendre, c’est pareil : il faut regarder loin devant. Donc il faut être ambitieuse. Probablement encore beaucoup de femmes n’osent pas venir dans le réseau en pensant que ce n’est pas pour elles. Mais nous n’avons qu’un seul critère : celui d’avoir un projet qui nécessite la création de 5 emplois en 5 ans.

thibaut-beucher-réseau-entreprendreFinalement pour vous la question de l’ambition n’est pas prédominante dans la réussite ?

Qu’on soit un homme ou une femme, et quoi que l’on fasse, si on est à sa place, cela fonctionne, c’est la seule recette ! Évidemment il faut aussi travailler… Je n’ai jamais vu personne réussir sans travailler. Après, c’est à chacun d’adapter ses contraintes personnelles ainsi que de s’organiser en fonction de la place qu’il veut laisser au travail, au perso et à la famille dans sa vie. Mais tout est possible ! Le talent, c’est le troisième aspect fondamental. On est tous dotés de talents, le tout est de les mettre au service d’un projet. Entrepreneurial ou non d’ailleurs. Les gens ne connaissent pas tous leurs talents et c’est un travail crucial à faire. Il faut oser mettre ses talents en valeur et en avant, les femmes, par humilité, ne le font pas toujours et c’est dommage. Pour finir, je dirais que la confiance en soi mais aussi la curiosité sont des qualités à cultiver quand on veut entreprendre.

Alors il n’y a pas tant de différence entre un entrepreneur et une entrepreneuse ?

J’ai eu la chance de grandir dans une famille de femmes alors je sais bien qu’il y a des différences, entre les hommes et les femmes, notamment sur la façon de communiquer et ça ne date pas d’hier. Mais il y a aussi des différences entre les entrepreneurs d’il y a trente ans et ceux d’aujourd’hui. Comme il y a des différences avec les entrepreneurs de l’économie solidaire et sociale etc. On est tous différents, on a tous une perception des choses différente. L’important, c’est d’apprendre à communiquer pour se faire comprendre. De savoir comment s’enrichir les uns des autres.

Dans votre expérience au sein du réseau, avez-vous pu noter des points forts plutôt féminins ?

Je trouve qu’en général, les femmes prennent plus facilement du recul face aux situations. Nous, les hommes, on est parfois un peu « brutes » dans nos réactions. Les femmes prennent plus de temps pour peser les choses. En matière de gestion des émotions également, les femmes sont moins dans le contrôle et on sent moins le besoin de prouver quelque chose, je sens plus de simplicité dans les relations. D’ailleurs je ne connais que des femmes dans les nouveaux postes qui émergent ces derniers temps autour du bonheur au travail, on peut peut-être en tirer des conclusions ? Mais encore une fois, je n’aime pas mettre les choses et les gens dans des cases. Entreprendre c’est entreprendre, on le fait tous avec nos différences et on a tous une part féminine et une part masculine. Être entrepreneur/se, ça se retrouve dans plein d’aspects de la vie, pas seulement dans le travail. C’est la capacité à prendre en main quelque chose, tout simplement.

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Depuis la création du réseau dans le Maine et Loire, avez-vous constaté une évolution de l’entrepreneuriat des femmes ?

Cela fait 8 ans que j’ai créé le réseau et je vois en effet une évolution. En 2010, nous avons accompagné 10 créateurs/repreneurs et il n’y avait que des hommes. Aujourd’hui il y a des femmes dans toutes les promotions. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, plus de femmes ont envie d’entreprendre. L’évolution de la société va dans ce sens. C’est également dû au fait qu’il y a beaucoup plus de possibilités et de liberté pour entreprendre. Le profil des entrepreneuses est plutôt jeune. On voit des profils qui ont eu ou non une expérience professionnelle avant, et qui régulièrement s’éloignent de ce pourquoi elles ont été formées en retrouvant une passion ou un talent qu’elles souhaitent exprimer. Le monde de l’emploi a beaucoup évolué. On court moins après un CDI. On crée de plus en plus son propre job. On est en quête de sens.

D’après vous que pourrions-nous faire pour faciliter l’entrepreneuriat des femmes et que, dans 15 ans, ça ne soit plus un sujet ?

Je crois que c’est très important de raconter des histoires. Moi c’est ce que je fais pour donner envie d’entreprendre et rendre cela accessible. Dès tout petit, il faut entendre des histoires d’hommes et de femmes qui entreprennent. Mais je pense que cela va se faire naturellement puisque de plus en plus de femmes entreprennent donc il y a de plus en plus d’histoires à raconter, leurs histoires. Les stéréotypes évoluent donc les petites filles ne sont plus confrontées aux mêmes clichés. Je pense que tout cela se fera naturellement.

Par Violaine Berté

Crédit photo Réseau Entreprendre

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